Entre deux séances de chimiothérapie, le corps reste souvent marqué. Des douleurs s’installent, des tensions qui ne lâchent pas, un inconfort diffus qui fatigue le moral autant que le corps. Vous le savez : ces douleurs doivent être suivies et soulagées par votre équipe médicale, et c’est à elle que revient l’antalgie. Depuis plus de trente ans, j’accompagne des personnes qui cherchent, en plus de leurs soins, un espace pour relâcher la pression. Je voudrais vous expliquer ici, simplement, ce que la sophrologie peut apporter dans ces moments, et ce qu’elle ne fait pas.
D’abord, parler de sa douleur à son équipe soignante
Je tiens à le poser tout de suite, car c’est le plus important. La douleur doit toujours être signalée à votre médecin et à votre équipe soignante, qui sont là pour l’évaluer et la traiter. La sophrologie est une approche complémentaire de l’antalgie médicale, jamais un substitut. Elle ne remplace en rien les médicaments contre la douleur qui vous sont prescrits, et il ne s’agit jamais d’arrêter ou de réduire un traitement antidouleur de votre propre initiative.
Si une douleur apparaît, change ou s’intensifie, c’est à vos soignants qu’il faut en parler. Ce que nous travaillons ensemble vient s’ajouter à votre prise en charge, comme un soutien de plus.
Le lien entre tension, peur et douleur
La douleur n’est pas seulement une affaire de corps. Quand elle arrive, elle s’accompagne souvent de peur : peur qu’elle empire, peur de ce qu’elle signifie. Et cette peur crispe le corps. Les épaules remontent, la mâchoire se serre, la respiration se bloque. Or, un corps tendu vit souvent la douleur de façon plus aiguë.
Il existe ainsi une part de l’inconfort qui est nourrie par la crispation et l’anxiété. La sophrologie ne fait pas disparaître la cause de la douleur, mais elle peut agir sur cette part-là. En apaisant la tension et la peur qui l’entourent, on aide parfois le ressenti à devenir un peu plus supportable.
La respiration pour relâcher la crispation
La respiration est le premier outil que je propose. Quand la douleur monte, le souffle se fait court et rapide, ce qui renforce la tension. Apprendre à ralentir son expiration envoie au corps un signal d’apaisement. Ce n’est pas magique, mais c’est un appui concret, disponible à tout moment, chez vous, dans la salle d’attente, le soir au lit.
Exercice : respirer pour apaiser la tension liée à la douleur
- Installez-vous confortablement, assise ou allongée, dans la position la moins douloureuse pour vous.
- Posez une main sur le ventre et fermez les yeux si vous le souhaitez.
- Inspirez doucement par le nez en comptant jusqu'à quatre, en laissant le ventre se gonfler sous votre main.
- Soufflez lentement par la bouche en comptant jusqu'à six, en imaginant que la tension s'évacue avec l'air.
- Répétez ce cycle cinq ou six fois, sans forcer, en sentant les épaules redescendre à chaque expiration.
Le relâchement musculaire progressif
Souvent, sans s’en rendre compte, on contracte les zones autour de la douleur, comme pour la protéger. Cette défense du corps finit par créer de nouvelles tensions. Le relâchement musculaire progressif consiste à parcourir le corps, partie par partie, pour détendre chaque zone l’une après l’autre.
Lors de mes séances, je vous guide dans ce voyage intérieur : les pieds, les jambes, le ventre, les épaules, le visage. On apprend à repérer où se loge la crispation et à la laisser se défaire doucement. C’est un outil que vous pouvez ensuite refaire seule, entre deux rendez-vous, pour redonner au corps un peu de souplesse.
La visualisation et le déplacement de l’attention
La douleur a tendance à capter toute la place. Plus on se concentre sur elle, plus elle occupe l’espace. Déplacer doucement son attention vers une sensation neutre ou agréable peut aider à desserrer l’emprise de la douleur sur le mental.
C’est là qu’intervient la visualisation. Il ne s’agit pas de nier ce que vous ressentez, mais de mobiliser des images apaisantes : un lieu où vous vous sentez bien, une lumière douce, une sensation de chaleur réconfortante. Beaucoup de personnes que j’accompagne repartent avec un endroit intérieur où revenir quand l’inconfort devient lourd. C’est un appui discret, à votre disposition.
Lors de la séance découverte de 1h15, nous prenons le temps de faire connaissance, de comprendre ce qui vous pèse le plus en ce moment, et de poser ensemble des premiers outils adaptés à votre situation. Sans pression, à votre rythme.
Avancer entourée, à votre rythme
Je voudrais le redire avec douceur : tout ce que nous explorons ensemble vient en plus de votre traitement, jamais à sa place. Continuez à suivre votre équipe médicale, à lui parler de vos douleurs, à poser vos questions. La sophrologie est un soutien parmi d’autres, un espace où vous pouvez respirer, relâcher, et vous sentir un peu plus actrice de ce que vous traversez.
Vous n’avez rien à réussir ici. Vous avez seulement le droit de vous accorder un moment de répit, et c’est déjà précieux.
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