Quand les traitements se terminent, l’entourage respire. On vous félicite, on vous dit que le plus dur est derrière vous, que vous allez enfin pouvoir reprendre une vie normale. Et pourtant, à l’intérieur, quelque chose ne s’apaise pas. Une question revient, parfois en pleine nuit, parfois au détour d’une fatigue ou d’une douleur passagère : et si la maladie revenait ? Cette peur de la récidive, beaucoup d’entre vous me la confient à voix basse, presque avec culpabilité. Je veux vous le dire d’emblée : cette peur est normale, légitime, et vous n’avez pas à la cacher.
En plus de trente ans d’accompagnement, j’ai vu combien l’« après » pouvait être déroutant. On imagine la rémission comme une délivrance, et l’on découvre un territoire fait d’attente et de vigilance. La sophrologie ne soigne pas et ne remplace jamais votre surveillance médicale : elle vient en complément, comme un soutien pour vous aider à vivre avec cette peur sans qu’elle prenne toute la place.
Une peur souvent invisible aux yeux des autres
L’une des grandes difficultés de cette période, c’est la solitude. Pendant les traitements, vous étiez entouré, suivi de près, soutenu. Une fois la rémission annoncée, ce filet se desserre, et l’entourage pense souvent que la peur s’en va avec les rendez-vous. Or c’est fréquemment l’inverse : c’est au moment où tout le monde se réjouit que l’angoisse, elle, trouve enfin la place de s’exprimer.
La peur de la récidive ne signifie pas que vous allez mal, ni que vous manquez de courage : elle est le signe d’un corps et d’un esprit qui ont traversé une épreuve réelle. La reconnaître, c’est déjà cesser de lutter contre elle en silence.
Le syndrome de l’attente des résultats
Il y a un moment que vous connaissez peut-être bien : les jours qui précèdent un examen de contrôle. Le rendez-vous approche, et le corps se remet en alerte. Le sommeil se fait plus léger, les pensées tournent en boucle, le moindre symptôme devient suspect. Une fatigue, une courbature, une douleur banale prennent soudain des proportions énormes. Cette hypervigilance est épuisante, et elle est très répandue.
Ce mécanisme n’est pas un défaut : c’est votre système nerveux qui anticipe un danger possible. La sophrologie ne cherche pas à faire taire cette alerte de force. Elle propose plutôt d’apprendre à la traverser : reconnaître la montée de l’angoisse, l’accueillir, puis revenir doucement au présent plutôt que de se laisser emporter par les scénarios imaginés.
Apprivoiser l’angoisse plutôt que la fuir
Lutter contre la peur, c’est souvent lui donner plus de force. En séance, je vous propose un autre chemin : faire de la place à cette émotion sans la juger, observer où elle se loge dans le corps, et lui offrir une respiration. Peu à peu, l’angoisse cesse d’être un mur infranchissable pour devenir une vague que l’on apprend à laisser passer.
Le souffle est un allié précieux dans ces moments. Voici un exercice tout simple que vous pouvez pratiquer la veille d’un contrôle, dans la salle d’attente, ou dès que la peur remonte.
Exercice : accueillir la vague d'angoisse
- Installez-vous confortablement, les épaules relâchées, et posez une main sur votre ventre.
- Inspirez doucement par le nez en comptant jusqu'à 4, en sentant le ventre se gonfler.
- Expirez lentement par la bouche en comptant jusqu'à 6, comme si vous souffliez sur une bougie sans l'éteindre.
- Sans chercher à chasser la peur, dites-vous intérieurement : « cette pensée est là, je la laisse passer ».
- Recommencez pendant quelques minutes, en laissant chaque expiration emporter un peu de tension.
L’expiration plus longue que l’inspiration envoie au corps un signal d’apaisement : c’est elle qui aide la vague à redescendre.
Revenir au présent, se reprojeter
La peur de la récidive a une particularité : elle vit dans le futur. Elle nous projette dans un « et si » qui n’existe pas encore et qui vole le présent. Le travail que je vous propose consiste à ramener doucement l’attention à l’instant : sentir le contact de vos pieds sur le sol, écouter les sons autour de vous, retrouver une sensation simple et bien réelle. Ce retour au présent ne nie pas la peur, il vous redonne un point d’appui.
Avec le temps, cet ancrage permet quelque chose de précieux : recommencer à se projeter. Oser à nouveau poser un projet sur l’agenda, un voyage, un rendez-vous, une envie. Se réapproprier sa vie ne veut pas dire oublier ce que vous avez traversé. Cela veut dire faire de la place, à côté de la peur, à du désir et à de la douceur.
Avancer à votre rythme
Apprivoiser cette peur ne se fait pas en un jour, et il n’y a aucune performance à atteindre. Certains jours seront plus légers, d’autres plus lourds, surtout à l’approche des contrôles, et c’est normal. Ce qui compte, c’est cette répétition tranquille de petits gestes d’apaisement, jour après jour, qui finit par redonner de la sérénité au quotidien.
Et si vous sentez que l’angoisse envahit tout, qu’elle vous empêche de dormir, de manger ou de vivre, parlez-en à votre médecin ou à un psycho-oncologue. La sophrologie est un beau complément, mais elle ne remplace pas ce soutien-là : vous méritez d’être accompagné sur tous les plans.
Si vous souhaitez expérimenter ces outils en douceur, une séance découverte peut être un premier pas pour les apprivoiser ensemble, à votre rythme. Prenez soin de vous.
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