Il y a le moment précis où le mot est prononcé, et tout ce qui se passe ensuite semble se dérouler derrière une vitre. Beaucoup des personnes que j’accompagne me décrivent cette sensation étrange : on entend, mais on n’enregistre plus. Le corps se tend, les pensées s’emballent ou, au contraire, se vident d’un coup. Si vous traversez cela en ce moment, pour vous-même ou pour un proche, je voudrais d’abord vous dire une chose simple : ce que vous ressentez est normal. La sidération, la peur, les nuits qui se cassent en morceaux, ce ne sont pas des faiblesses. Ce sont les réactions d’un être humain face à une nouvelle qui bouscule tout.

Depuis plus de trente ans, j’accompagne des personnes confrontées au stress, à l’angoisse, aux troubles du sommeil et à la maladie. Je ne soigne pas le cancer : votre équipe médicale s’en charge, et il est essentiel de suivre les traitements et les conseils qu’elle vous propose. Mon rôle est ailleurs, à côté de vous, pour vous aider à mieux traverser ce que le corps et l’esprit encaissent dans ces premiers jours.

Le choc de l’annonce : ce qui se joue en vous

Quand une menace est perçue, le corps réagit avant même que l’on ait pu réfléchir. Le cœur s’accélère, la respiration devient courte, les muscles se contractent. C’est une mécanique de survie, très ancienne, et elle se déclenche sans nous demander notre avis. Le problème, c’est qu’après l’annonce d’un cancer, cette alerte peut rester allumée jour et nuit, comme un signal qu’on n’arrive plus à éteindre.

C’est souvent là que le sommeil se dérègle en premier. On se couche épuisé et l’esprit repart : les questions, les scénarios, les rendez-vous à venir. Vouloir arrêter de penser ne fonctionne presque jamais ; apaiser le corps, en revanche, change beaucoup de choses. C’est précisément ce point d’appui que la sophrologie propose.

Calmer le système nerveux par la respiration

La respiration est l’un des rares leviers sur lesquels nous avons une prise directe. Quand on allonge doucement l’expiration, on envoie au système nerveux un message de sécurité : le rythme cardiaque ralentit, les épaules redescendent, l’esprit se pose un peu. Ce n’est pas magique et cela n’efface pas la situation, mais cela ouvre une fenêtre de calme, ne serait-ce que quelques minutes. Et dans une journée saturée d’angoisse, ces quelques minutes comptent énormément.

Exercice : retrouver son souffle en quelques minutes

  1. Installez-vous assis, le dos soutenu, les pieds bien à plat sur le sol.
  2. Posez une main sur le ventre et inspirez doucement par le nez, en sentant la main se soulever.
  3. Soufflez lentement par la bouche, plus longtemps que l'inspiration, comme si vous faisiez vaciller la flamme d'une bougie sans l'éteindre.
  4. Recommencez cinq ou six fois, sans forcer, en laissant simplement le souffle se déposer.

Cet exercice est volontairement simple. Vous pouvez le faire dans la salle d’attente, le soir avant de dormir, ou à n’importe quel moment où la peur monte d’un cran.

Retrouver un ancrage quand tout vacille

Dans les premiers jours, beaucoup de personnes ont l’impression de flotter, de ne plus avoir de sol sous les pieds. L’ancrage est une façon de revenir au présent, à travers le corps. Sentir le poids de son corps sur la chaise, le contact des pieds avec le sol, la température de l’air sur la peau : ce sont des sensations concrètes, réelles, qui ramènent doucement vers l’instant. Quand l’esprit part vers l’avenir et ses incertitudes, le corps, lui, est toujours ici, maintenant. S’appuyer sur ce qui est là, tangible, aide à ne pas se laisser emporter par tout ce qui n’est pas encore arrivé.

Faire de la place à ce que l’on ressent

On entend parfois qu’il faudrait “rester positif” ou “se battre”. Ces phrases partent d’une bonne intention, mais elles peuvent peser lourd. La colère, la tristesse, la peur ont aussi leur place. La sophrologie ne cherche pas à les chasser : elle propose d’apprendre à les accueillir sans s’y noyer, en gardant un appui intérieur. Peu à peu, on découvre qu’on peut ressentir une émotion forte sans être totalement submergé par elle.

Ne pas rester seul avec sa peur

C’est sans doute le plus important. La peur grandit dans le silence et l’isolement. En parler, la déposer auprès de quelqu’un, c’est déjà alléger un peu le poids. Cela peut être un proche, un membre de l’équipe soignante, une association, un psychologue. Et cela peut être un accompagnement comme le mien, un espace où l’on peut souffler, sans avoir à faire bonne figure.

Lors de la séance découverte d'une heure quinze, nous prenons le temps de faire connaissance, sans aucune attente de performance. Vous me racontez où vous en êtes, et nous posons ensemble les premiers outils de respiration et d'ancrage que vous pourrez utiliser dès le soir même, à votre rythme.

Vous n’avez pas à traverser cela parfaitement, ni à savoir comment faire. Avancer un jour après l’autre, parfois une heure après l’autre, c’est déjà beaucoup. Et vous n’êtes pas obligé de le faire seul.

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