Il y a des moments où l’angoisse arrive sans prévenir. La veille d’un examen, dans la salle d’attente avant des résultats, ou le soir, au creux du lit, quand le silence laisse toute la place aux pensées. En plus de trente ans d’accompagnement, j’ai souvent vu cette angoisse surgir chez les personnes traversant un cancer. Et je veux vous dire une chose, simplement : ce que vous ressentez est une réaction humaine, normale, et il existe des gestes très concrets pour vous aider à traverser ces vagues.
Pourquoi le corps réagit ainsi
Quand votre esprit perçoit une menace, et l’attente d’un résultat ou le mot “cancer” en sont, votre système nerveux s’active sans vous demander votre avis. C’est une mécanique très ancienne, conçue pour vous protéger. Le rythme cardiaque s’accélère, la respiration devient courte, les muscles se tendent, les pensées tournent en boucle.
Votre corps se prépare à réagir face au danger. Le problème, c’est qu’ici il n’y a pas de danger immédiat à fuir : il y a une émotion à traverser. C’est pourquoi cette agitation peut sembler vous submerger sans raison apparente. Comprendre que c’est votre système nerveux qui s’emballe, et non vous qui perdez le contrôle, change déjà beaucoup de choses. Vous n’êtes pas en train de mal faire. Votre corps fait son travail, un peu trop fort.
Revenir au souffle, votre premier allié
La bonne nouvelle, c’est que ce système nerveux, on peut lui parler. Pas avec des mots, mais avec le souffle. La respiration est la seule fonction automatique du corps que nous pouvons reprendre en main volontairement. Et quand on ralentit l’expiration, on envoie un message d’apaisement, doucement, à tout l’organisme.
La respiration abdominale est l’une des premières choses que je propose. Elle est discrète, vous pouvez la pratiquer assise dans une salle d’attente sans que personne ne le remarque.
Exercice : la respiration abdominale
- Posez une main sur votre ventre, l'autre sur votre poitrine.
- Inspirez lentement par le nez en gonflant le ventre, comme un ballon. La main du ventre se soulève, celle de la poitrine bouge à peine.
- Expirez tout doucement par la bouche, lèvres légèrement pincées, en laissant le ventre se dégonfler.
- Faites en sorte que l'expiration soit un peu plus longue que l'inspiration.
- Recommencez pendant quelques minutes, sans forcer, en suivant simplement le mouvement de votre main.
La cohérence cardiaque pour réguler la vague
Quand l’angoisse monte fort, j’aime aussi proposer la cohérence cardiaque. Le principe est simple : respirer à un rythme régulier pour aider le cœur et le souffle à se synchroniser. Concrètement, on inspire sur cinq secondes, puis on expire sur cinq secondes, pendant quelques minutes.
Vous pouvez compter mentalement, ou suivre le mouvement d’une vague imaginaire qui monte à l’inspiration et redescend à l’expiration. Trois à cinq minutes suffisent souvent à sentir le rythme cardiaque s’apaiser et l’esprit se poser. C’est un geste que vous pouvez répéter plusieurs fois par jour, sans aucun matériel.
S’ancrer dans le présent
L’angoisse adore le futur. Elle se nourrit du “et si”, des résultats pas encore connus, de tout ce qui n’existe pas encore. Revenir à l’instant présent, c’est lui couper un peu d’oxygène. C’est ce qu’on appelle l’ancrage.
Exercice : l'ancrage par les cinq sens
- Posez bien vos pieds au sol et sentez le contact, la stabilité du sol sous vous.
- Nommez dans votre tête cinq choses que vous voyez autour de vous.
- Puis quatre choses que vous entendez.
- Puis trois choses que vous pouvez toucher : le tissu de vos vêtements, l'accoudoir, vos mains l'une contre l'autre.
- Respirez calmement et observez comment l'esprit revient, peu à peu, ici et maintenant.
Cet exercice ramène votre attention dans votre corps et dans la pièce, là où, à cet instant précis, il ne se passe rien de dangereux.
Relâcher les tensions, même debout
L’angoisse se loge aussi dans les muscles : les épaules qui remontent, la mâchoire serrée, le ventre noué. Une détente musculaire express peut soulager en quelques secondes. Sur une inspiration, contractez volontairement les épaules en les montant vers les oreilles, serrez les poings, tendez ce qui veut se tendre. Gardez la tension quelques secondes. Puis, sur une grande expiration, relâchez tout d’un coup, comme on lâche une charge. Recommencez deux ou trois fois. Le contraste entre la tension et le relâchement aide le corps à comprendre, physiquement, ce que veut dire “se détendre”.
Un mot doux, et une limite à connaître
Je veux être très claire avec vous : la sophrologie est un accompagnement complémentaire. Elle ne soigne pas la maladie et ne remplace jamais votre équipe médicale. Elle vient simplement à côté, pour vous aider à mieux vivre certains moments, à retrouver un peu de calme et de souffle. Continuez toujours à suivre les conseils de vos médecins.
Et si l’angoisse devient très intense, si vous traversez des crises d’angoisse ou des attaques de panique qui vous débordent, parlez-en à votre médecin. Demander de l’aide n’est pas une faiblesse : c’est prendre soin de vous, pleinement.
Ces techniques, vous pouvez les apprivoiser seule, à votre rythme. Et si vous souhaitez les découvrir ensemble, en douceur, une séance découverte peut être un beau premier pas. Vous n’êtes pas seule sur ce chemin.
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